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Je n'ai aucun désir de tuer des hommes, je sais tout cela, seulement voilà, ils me possèdent déjà, ils m'appellent, et je sais que, envers et contre tout, j'irais. Pourquoi, mais pourquoi ? Je me demande pourquoi. Je l'ignore. Peut être parce que la folie dans le monde est plus forte que la raison. Je ne suis pas un héros et je n'ose pas fuir. C'est une forme de contrainte. Je suis incapable de briser la chaîne qui étrangle 20 millions d'hommes. Il faudrait seulement montrer qu'on ne veut pas et que l'on n'a pas le droit de se soumettre. Ne pas oublier que l'on en veut à ta liberté et à ta vie. L'individu doit être plus fort que l'idée, il faut seulement qu'il reste lui même, qu'il n'abdique pas sa propre volonté. Il faut seulement qu'il sache qu'il est un homme et qu'il veut le rester. Alors : Patrie, devoir, héroïsme ne seront plus que de la rhétorique qui pue le sang. Un sang humain chaud et vivant. Je ne veux pas partir mais je les laisse vouloir pour moi et c'est là mon crime. Verser son sang pour ses propres idées, d'accord. Mais pour des idées étrangères, à quoi bon ! Mais il y a quelque chose d'indéfinissable en moi qui se lève comme l'écolier devant le maître et obéit. Je ne veux pas partir. Je ne veux pas. Mais l'impitoyable puissance a déjà pris possession de moi, cette puissance qui a déjà écrasé le monde. Je ne veux pas partir et je vais partir.

( " La contrainte " de Stephan Zweig )

Dessin de Xavier Josso  http://www.livreshebdo.fr/…/plus-dune-centaine-de-livres-po…