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Libère-toi.

Libère ta parole.

Balance enfin tous ceux qui se sont mis un jour en travers de ta route, alors que tu étais né pour traverser la vie comme si elle était un grand jardin de roses, et que tu y es empêché par la présence même de cet Autre dont le premier défaut est de n’être pas toi.

Balance ton voisin qui gare mal sa poussette dans le hall de l’immeuble et qui t’oblige à faire un détour pour sortir. Balance le professeur de ton enfant qui s’est permis de lui coller un 2 à son interro d’histoire au prétexte vaseux qu’il ne connaissait pas sa leçon. Balance ton collègue qui pique tous les stylos.

Balance ton père, ton époux, ton frère, tes oncles et tes fils parce qu’ils sont des hommes et qu’à ce titre ils ont forcément à un moment ou à un autre abusés de leur pouvoir d’hommes, ne serait-ce qu’en te disant que tu étais jolie te rabaissant à ta condition de femme objet.

Balance ta mère de t’avoir mis au monde te vouant de fait à une fin certaine.

Balance les gens qui marchent dans la rue d’un pas de promeneur et qui freinent par leur présence ta marche pressée.

Balance la petite vieille qui au prétexte de rompre sa solitude et de se mêler au brouhaha du monde fait ses courses aux heures de pointe, te ralentissant à la caisse du supermarché.

Balance tous ceux qui t’emmerdent par leur simple existence. La parole se libère, c’est formidable. Grâce au réseau sociaux tu vas pouvoir déverser ta haine de l’Autre, lui dire combien son existence est une calamité, tu vas pouvoir te faire du bien, une sorte d’onanisme twitterien, planqué derrière ton écran.

Balance tout le monde, c’est le meilleur moyen de diluer les responsabilités. Si tu es une femme, n’oublie pas de préciser que le regard d’un inconnu c’est déjà une agression. Ça permettra de noyer le poisson. Tous coupables, c’est une façon d’exonérer les vrais coupables. Tu diras en passant à la femme violée ou battue que tu la comprends très bien puisque tu as toi-même été sifflée. Du sifflement au viol, il n’y a qu’un pas n’est-ce pas ? Profites-en pour régler tes comptes, si ton mari ne t’a pas versé la pension alimentaire, traite-le de gros porc harceleur, vas-y, n’hésite pas, l’important n’est pas que ce soit vrai, juste de te libérer. Allez sois une victime, ou fait semblant, parce que si tu n’es pas victime c’est que tu es forcément bourreau.

C’est bon, tu te sens mieux ?

Parfait. Je te l’avais dit : dans la délation, tout est bon.