fourtoulitterofilosoficopoeticomic

27 septembre 2016

L’image contient peut-être : ciel et plein air

Novembre 1957.

En ce temps-là, le ciel du Havre montrait ses griffes dans une atmosphère, tout en mouvement. Nuages de plâtre embrochés sur les têtes de grues, nuées de brumes encornées sur les mâts ; toits hachurant le plafond bas, masses des silos et des hangars éventrant la craie du ciel ; Le Havre était le monde et la matière même du monde était dans Le Havre. On chargeait. Journée de ciment, sous un ciel de ciment. ... Journée de soufre qui s'enflammait et brûlait les hommes sous un ciel de soufre et d'automne. Journée de lingots de nickel, de mat de nickel brut, gros comme des pastèques, sous un soleil de nickel et d'hiver. Lingots d'étain sous le ciel d'étain du printemps, lingots de cent vingt kilos de cuivre, sous le soleil de cuivre des soirs d'été. Anthracite, anthracène, cyanamide calcique, nitrates, phosphates en vrac, amiante en poussière et poussière de graphite, choc des noms barbares qui donnaient aux mains, aux corps des hommes et au ciel tous les dégradés de la cendre et des ténèbres. Ce jour-là, c'était jour de ciment sous un ciel de ciment.

( " Quai des Amériques " de Martine Marie Muller )

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26 septembre 2016

esprit de contradiction...

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J'avais contracté dans mes conversations une insurmontable aversion pour toutes les maximes communes et pour toutes les formules dogmatiques. Lors donc que j'entendais la médiocrité disserter avec complaisance sur des principes bien établis, bien incontestables en fait de morale, de convenances ou de religion, choses qu'elle met assez volontiers sur la même ligne, je me sentais poussé à la contredire, non que j'eusse adopté des opinions opposées, mais parce que j'étais impatient d'une conviction si ferme et si lourde. Je ne sais quel instinct m'avertissait de me défier de ces axiomes généraux si exempts de toute restriction, si purs de toute nuance. Les sots font de leur morale une masse compacte et indivisible.

( " Adolphe " de Benjamin Constant )

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24 septembre 2016

on n'arrête pas le progrès...

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Jamais l’humanité, globalement, n’a aussi bien vécu qu’aujourd’hui. Ecrire cela, bien que ce soit démontrable, expose à un torrent de reproches. Les enquêtes d’opinion, en Occident surtout, témoignent d’un pessimisme généralisé : la plupart estiment que tout était mieux avant et que tout se dégrade, ce qui est inexact. Dans un ouvrage qui vient d’être publié en anglais (Progress, Oneworld Publications), un économiste suédois, Johan Norberg, propose une synthèse du progrès objectivement mesurable autour de dix critères : la faim, l’hygiène, l’espérance de vie, la pauvreté, la violence, l’environnement, l’éducation, la liberté, l’égalité, le travail des enfants. Tous les indicateurs sont positifs depuis que le progrès matériel a débuté, à la fin du XVIIIe siècle, en Grande-Bretagne : auparavant, le progrès n’existait pas du tout. Depuis son apparition, il ne cesse de s’accélérer. Si l’on s’en tient aux sujets les plus sensibles et les plus mal perçus comme la faim ou l’environnement, le contraste est saisissant entre le discours dominant et la réalité.

La famine, qui était l’état « normal » de l’humanité de la préhistoire aux années 1950, a disparu, sauf dans les zones de conflit : il subsiste des poches de malnutrition en Inde, en Afrique subsaharienne, en Chine occidentale, mais elles se résorbent. La planète, désormais, nourrit convenablement sept milliards d’habitants, sur des surfaces arables constantes voire en diminution, alors qu’en 1950, une population deux fois moindre ne parvenait pas à s’alimenter. Tous les scénarios catastrophiques ont été prouvés faux grâce aux innovations dans l’agriculture, la Révolution verte et les OGM en particulier.

Autre contradiction flagrante entre la perception et la réalité : l’environnement. Certains se souviennent que l’atmosphère dans les grandes villes européennes, Londres ou Paris, il y a cinquante ans, était aussi irrespirable que maintenant à Pékin et New Delhi. Et les grands fleuves européens, la Seine, la Tamise, l’Ebre ou le Rhin, étaient devenus des égouts ; on peut, aujourd’hui, y pêcher et s’y baigner. Le « trou » dans l’ozone qui nous menaçait d’un cancer de la peau ? Il est refermé. Ces progrès réels ont été obtenus grâce à des percées scientifiques, une meilleure gestion des ressources et un minimum d’intelligence politique. Il devrait en aller de même pour le peu que nous savons du réchauffement climatique.

La pauvreté ? Du premier homme jusqu’à la révolution industrielle, elle fut le sort ordinaire de 99% de l’humanité. Dans sa forme extrême, moins d’un Dollar de ressources par jour, elle n’atteint plus qu’un dixième de notre espèce, presque totalement situé en Afrique subsaharienne. La pauvreté a été vaincue par de bonnes politiques économiques, sauf dans les nations où ces politiques ne sont pas appliquées.

Le travail des enfants ? Au XIXe siècle, l’enfant à l’usine fut le cœur symbolique des critiques de la révolution industrielle et du capitalisme chez Karl Marx ou Charles Dickens, la preuve du caractère sauvage du développement. En réalité, dans les sociétés rurales pauvres, les enfants, de toute éternité, avaient travaillé par nécessité : mais on ne les voyait pas. Ce qui avec la révolution industrielle change, c’est que le travail des enfants devient visible et scandaleux : la novation n’est pas le travail des enfants, mais la protestation contre lui. Cette protestation mais aussi la mécanisation des tâches ont fait passer à peu près tous les enfants, même dans les pays pauvres, du champ et de l’usine à l’école.

On pourrait égrener les exemples comme l’a fait Johan Norberg, mais ils ne feraient que répéter la contradiction déjà soulignée entre réalité et perception. Comment comprendre ce contraste ? Une explication superficielle : les médias. Ils n’annoncent pas que les trains arrivent à l’heure ou que les avions décollent, mais seulement qu’un sur un million déraille ou s’écrase. Les médias dits sociaux, qui n’obéissent à aucune éthique journalistique, ajoutent des faux accidents pour augmenter le trafic sur leur site. C’est parce que le public en raffole : les premières gazettes, au XIXe siècle, furent consacrées aux crimes les plus horribles, pas au sort des gens normaux et surtout pas à son amélioration. L’espérance de vie, qui chaque jour augmente, ne fait pas une Une de la presse. Les conflits en Syrie et en Irak sont épouvantables, mais on ne va pas titrer qu’ils sont moins meurtriers que la guerre entre l’Iran et l’Irak, de 1979 à 1989, qui fit deux millions de victimes. La grande distorsion entre le progrès et sa perception ne peut pas être imputée à un auteur ni à une cause ; elle est probablement inscrite dans nos neurones tels que l’évolution nous les a légués. Le mythe de l’âge d’or, hier était mieux qu’aujourd’hui, est aussi ancien que l’humanité elle-même et se retrouve dans toutes les civilisations. L’étonnant est qu’il existe tout de même des progressistes, des illuminés, qui travaillent au progrès, le rendent possible en dépit du scepticisme général et des vents contraires. Ce progrès, qui bénéficie à tous, y compris à ceux qui le nient, n’est donc pas un acquis mais un combat, jamais gagné d’avance.

Guy Sorman

http://www.hebdo.ch/les-blogs/sorman-guy-le-futur-cest-tout-de-suite/narr%C3%AAte-pas-le-progr%C3%A8s

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23 septembre 2016

propreté...

Aucun texte alternatif disponible.

C'est une question de propreté,

il faut changer d'avis comme de chemise.

   ( Jules Renard )

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22 septembre 2016

Enfance pas morte...

Notre enfance n'est jamais de l'histoire ancienne. L'enfant que nous avons été, même si nous ne tenons pas à le revoir, même si nous ne l'avons pas convoqué, est soudain là. Il hante notre présent qui se trouble et s'obscurcit. Il a l'éclat légèrement tremblant des revenants. Enfance pas morte, même si mon adolescence s'est couchée dessus pour l'étouffer. Même si ma maturité lourde et large, s'est couchée sur mon adolescence. Même si toutes les figures, personnages et visages que j'ai utilisés au cours de ma vie se sont tassés les uns sur les autres, en strates successives, au fil des époques et des saisons, au gré des replis, des élans, des échecs ou des chances.

( " La diagonale du vide " de Pierre Péju )

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21 septembre 2016

races de vainqueurs...

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Emily distingue deux races de vainqueurs. Il y a ceux qui, acclamés par le monde, jouissent des robes scintillantes, des concerts à l'opéra et des voyages euphorisants, et ceux qui triomphent du monde en se laissant battre par lui : ceux-là restent à la maison, fièrement vêtus de neige.

  ( " La dame blanche " de Christian Bobin )

Dessin de Sempé : https://www.galerie-martine-gossieaux.com/sempe_index.html

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20 septembre 2016

Les jours de fête après la guerre...

L’image contient peut-être : plein air

Les jours de fête après la guerre, dans la lenteur interminable des repas, sortait du néant et prenait forme le temps déjà commencé , celui que semblaient quelquefois fixer les parents quand ils oubliaient de nous répondre, les yeux dans le vague, le temps où l'on n'était pas, où l'on ne sera jamais, le temps d'avant. Les voix mêlées des convives composaient le grand récit des événements collectifs, auxquels, à force, on croirait avoir assisté. Ils n'en avaient jamais assez de raconter l'hiver 42, glacial, la faim et le rutabaga, le ravitaillement et les bons de tabac, les bombardements, l'aurore boréale qui avait annoncé la guerre, les bicyclettes et les carrioles sur les routes à la débâcle, les boutiques pillées, les sinistrés fouillant les décombres à la recherche de leurs photos et de leur argent, l'arrivée des Allemands--chacun situait précisément où--dans quelle ville--, les Anglais toujours corrects, les Américains sans-gêne, les collabos, le voisin dans la Résistance, la fille X tondue à la Libération, Le Havre rasé, où il ne restait plus rien, le marché noir, la propagande, les boches en fuite traversant la Seine à Caudebec sur des chevaux crevés, la paysanne qui lâche un gros pet dans un compartiment de train où se trouvent des Allemands et proclame à la cantonade --si on peut pas leur dire on va leur faire sentir. Sur fonds commun de faim et de peur, tout se racontait sur le mode du--nous--et du--on.

( " Les années " d'Annie Ernaux )

https://www.youtube.com/watch?v=OboUFge0Mn0

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17 septembre 2016

2000 ans...

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En matière de religion, j'éprouve quelques peines à admettre que le monde ait vécu dans le paganisme et l'obscurantisme durant des millions d'années et que le vrai Dieu ne se soit manifesté que voilà, deux mille ans, c'est à dire hier.

( " Journal " de Philippe Bouvard )

Dessin de Brunor :  http://www.brunor.fr/PAGES/bio/Bio_perso.htm

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16 septembre 2016

ferme les yeux, Rosemonde...

L’image contient peut-être : plein air et une personne ou plus

L'envie, je l'avoue, me vient assez souvent de faire retraite, de me détourner des folies et des modes de ce monde, de me terrer dans un trou pour écrire quelque chose d'un peu long qui, échappant aux soucis de l'instant, ne jouerait aucun rôle dans la semaine ou dans le mois - mais pour mieux tenir la distance et pour essayer de durer. Il faudrait, sinon pour réussir, du moins pour tâcher de mettre quelques chances de son côté, se refuser à la rumeur des événements et des jours au lieu de la rechercher. Il faudrait se répéter les vers de Giraudoux :

-- Veux-tu connaître le monde ?     

Ferme les yeux, Rosemonde. --

 

( " Odeur du temps " de Jean d'Ormesson)

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15 septembre 2016

Pas si vite devant, poussez pas derrière...

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